17

Ce matin-là, Terra se rendit compte que Chance Skeoh ne lui prêtait aucune attention. Elle regardait quelque chose devant elle, au milieu de son cahier de notes. Il attendit que la cloche sonne et que les élèves commencent à quitter la salle pour s’approcher de la jeune élève. Il jeta un coup d’œil à sa table de travail pendant qu’elle rangeait ses affaires. Il y trouva le croquis d’un visage familier, celui d’un officier romain portant un casque d’apparat. Sans que l’adolescente ne s’y oppose, il s’en empara pour l’examiner de plus près et vit qu’il y en avait d’autres sous le premier. Il les regarda un par un avec intérêt. Ils représentaient des scènes impliquant des soldats romains et des civils vêtus de tuniques. Stupéfait, il tourna les yeux vers Chance.

— C’est ma mère qui les a faits. Il y en a une tonne à la maison.

Terra comprit qu’il avait réveillé tous ces souvenirs dans la mémoire de cette femme en lui touchant la main. Il demanda à Chance si sa mère souffrait d’insomnie depuis sa rencontre au restaurant. L’adolescente avoua que oui : elle passait la plupart de ses nuits à dessiner.

Chance lui donna les croquis et se dépêcha de se rendre à son prochain cours. Terra apporta les dessins avec lui dans la salle des professeurs et les examina attentivement. Il avait sous les yeux tous les personnages de ce drame ancien. Cependant, il était incapable de les relier à ses élèves ou à qui que ce soit qui partageait sa vie présente. Il continua de penser à ces esquisses pendant sa séance de physiothérapie, jusqu’à l’arrivée du docteur Penny dans la salle d’exercice. Lorsque Terra l’aperçut, tout son corps se raidit, au désarroi de son thérapeute.

— Dites au docteur Penny qu’il n’a pas le droit d’entrer ici, grommela Terra.

Le pauvre homme leva un regard indécis sur le médecin, qu’il ne pouvait pas chasser. Donald Penny s’accroupit devant Terra en lui offrant son sourire le plus sadique.

— Je viens en paix.

Terra demeura silencieux.

— Est-ce que tu parles ma langue ?

— Très drôle, maugréa le Hollandais.

— Je suis seulement venu te dire que je t’emmène au restaurant après ta séance de torture.

— Il n’est pas question que j’aille où que ce soit avec toi.

— Tu n’as pas le choix, Houston. J’ai renvoyé Amy à la maison.

Donald lui tapota amicalement la cuisse et s’en alla. Après la séance, Terra obliqua vers la sortie, où il avait l’intention de prendre un taxi. Il arriva face à face avec Donald Penny, qui l’attendait devant la porte. Malgré toutes ses protestations, le médecin le fit asseoir dans sa grosse voiture luxueuse.

— Je veux rentrer chez moi, exigea le Hollandais.

— Terra, sois raisonnable.

— Donc, tu connais mon nom ?

— Tout le monde dans cette ville le connaît. Je veux te dire tout de suite que je ne suis pas en train de te kidnapper ou d’essayer de te vendre aux Russes, compris ?

— Je souffre beaucoup en ce moment et je préférerais rentrer.

— Amy m’a remis tes calmants.

Donald mit le cap sur le restaurant. Il aida Terra à y entrer et à s’installer à une table. Il lui donna un comprimé, mais Terra ne l’avala qu’au bout de quelques minutes de résistance.

— Quand Amy m’a dit que tu ne m’aimais pas, j’ai été très surpris. Je pensais que nous étions devenus copains après la soirée chez moi.

— Je n’aime pas les gens qui se moquent de moi.

— Ce n’est pas ma faute ! C’est dans ma nature !

— Je ne suis pas un extraterrestre, fulmina Terra, et je n’aime pas qu’on me traite comme si j’en étais un.

— C’est difficile de faire autrement une fois qu’on a jeté un coup d’œil à ton dossier médical, mon vieux.

Le Hollandais baissa son regard orageux sur la nappe en faisant de gros efforts pour maîtriser sa colère. Donald comprit que s’il ne l’amadouait pas maintenant, il essaierait de prendre la fuite.

— J’approuve le choix d’Amy, déclara-t-il. Tu es bien élevé, articulé, éduqué et incroyablement charismatique. Mais j’ai du mal à comprendre comment un corps humain qui contient autant de matériel synthétique arrive à fonctionner normalement. Selon mes connaissances médicales, il aurait dû t’empoisonner il y a fort longtemps.

— Et puisque j’ai survécu, selon toi, je ne peux pas être humain ?

— Tu es un mystère de la science, c’est certain.

— C’est pour cette raison que tu te moques de moi ?

— Non. Écoute, je ne suis pas un homme sérieux comme toi. J’aime rire et quand je t’appelle monsieur le martien, c’est seulement pour te faire sourire. Je ne le fais pas pour être méchant.

— Ma piètre condition physique n’a rien d’amusant, docteur Penny. J’ai été victime d’un accident qui a détruit ma vie et, depuis, je dois me battre tous les jours pour survivre. Je ne suis pas un homme sérieux non plus, mais j’ai appris à garder mes émotions pour moi et à faire preuve de respect envers les autres. Les méchancetés me blessent au plus profond de l’âme. Je n’ai pas demandé aux médecins de reconstruire mes jambes. Ils ont pris cette décision eux-mêmes. Je ne sais même pas ce qu’elles contiennent. Je sais seulement qu’elles sont douloureuses et qu’elles ne sont pas à moi. Alors, ne perds pas ton temps à essayer de me dérider. Je ne suis pas un extraterrestre. Je suis un homme malheureux, qui fait de son mieux pour vivre une vie normale.

— J’admire ton courage.

— Tu as une étrange façon d’exprimer ton admiration.

— Je suis désolé de t’avoir offensé, Terra. Ce n’était pas mon intention. Je vais faire un effort pour ne plus te donner de surnoms, bien que ce soit ma façon à moi de montrer mon affection.

Soudainement honteux de s’être emporté dans un endroit public, Terra s’accrocha au bord de la table pour essayer de se lever. Donald lui saisit le bras et le força à se rasseoir.

— Je pense que nous devrions faire un effort pour nous entendre puisque nos conjointes sont de bonnes amies. Nous serons sûrement appelés à nous revoir souvent.

— Conjointes ? répéta Terra. Je ne sais même pas si je devrais épouser Amy. Il serait injuste qu’elle passe le reste de sa vie avec un invalide alors qu’elle pourrait partager celle d’un homme normal.

— Mais elle t’adore et elle accepte ta condition. Fais-moi confiance et ne remets pas l’amour en question. Prends-le pendant qu’il passe.

Terra parvint à se relaxer et prit finalement une bouchée. Il écouta Donald lui expliquer ce qu’il avait compris de son dossier médical, ce qui se résumait à peu de choses. À son tour, Terra lui parla de son travail à Houston et de son ami, Michael Reiner. Donald le ramena à la maison vers vingt heures, ce qui était très raisonnable de l’avis du Hollandais. Amy voulut étreindre Terra à son arrivée, mais il l’arrêta.

— Tu aurais dû me demander ce que j’en pensais, lui reprocha-t-il, car c’était elle qui avait organisé ce tête à tête avec le sarcastique docteur Penny.

— Tu n’aurais pas accepté de revoir Donald, autrement.

— J’aime prendre mes propres décisions, surtout en ce qui concerne mes amitiés.

— Tu ne t’es pas amusé du tout, n’est-ce pas ?

— Pas vraiment.

— Je suis désolée… Je vais aller faire couler ton bain.

Elle tourna les talons mais il la saisit par le bras et la ramena contre lui.

— Je ne suis pas fâché, lui assura-t-il.

Il l’embrassa même avec tendresse. Amy l’aida à s’asseoir dans l’eau chaude et lui frictionna le dos avec la savonnette. Il lui sembla suffisamment décontracté pour qu’elle risque quelques questions personnelles.

— Parle-moi de ton père, tenta-t-elle en lui chatouillant l’oreille.

— Murray Wilder était un homme austère et autoritaire qui n’affichait jamais ses émotions. Il m’a laissé aux soins de mes grands-parents maternels après la mort de ma mère, puis il m’a fait venir en Angleterre un peu après mes onze ans. Il m’a inscrit dans un collège privé, où j’étais également pensionnaire, et il ne m’a ensuite accordé que quelques heures de son temps chaque mois. Nous dînions ensemble et il jetait un coup d’œil à mes relevés de notes, puis il me rappelait ce qu’il attendait de moi. À la fin du secondaire, je lui ai dit que je voulais devenir physicien. Il n’était pas d’accord avec mon choix, alors il a refusé de payer mes études et il m’a jeté dehors.

— Jeté dehors ? Quel âge avais-tu ?

— Dix-neuf ans. J’ai trouvé du travail et un petit appartement à Londres et je suis entré à l’université.

— Et tu es devenu un grand savant. Il a dû être fier de toi quand même, non ?

— Je lui ai écrit quand j’ai décroché mon premier poste de recherchiste à l’université, mais il ne m’a jamais répondu. Je l’ai aussi invité à mon mariage, mais il n’est pas venu.

— Terra, je suis désolée, s’attrista Amy.

— Je n’avais plus vraiment besoin d’un père de toute façon. La famille de Sarah était encore plus déçue que moi. Mon beau-père, monsieur Prentice, n’a jamais compris comment un père pouvait faire une chose pareille à son fils unique.

— Et toi, comment t’es-tu senti ?

Terra garda le silence. Elle caressa doucement sa joue pour l’inciter à se confier, mais il baissa les yeux.

— Je ne veux pas en parler.

Elle laissa tomber. Mais au déjeuner, le lendemain, c’est lui qui se montra curieux tout à coup. Il voulut savoir comment était le père d’Amy.

— Il voulait un fils plus que tout au monde, répondit-elle, mais il a eu deux filles : ma sœur Cassandra et moi. Alors, il nous a montré à pêcher, à réparer les moteurs de nos voitures, à lancer une balle de base-ball, enfin, tout ce qu’il aurait enseigné à un fils. Il était beaucoup plus près de nous que ma mère. On pouvait absolument tout lui dire. Mes parents habitent toujours Toronto, où j’ai grandi.

— Pourquoi as-tu choisi de vivre en Colombie-Britannique ?

— Je souhaitais vivre à la campagne et on m’a offert un poste de rêve ici. Je vais à Toronto tous les trois ans environ. La prochaine fois, je t’emmènerai avec moi. J’ai tellement hâte que tu rencontres mon père. Peut-être que le fils dont il a toujours rêvé, c’est toi.

On sonna à la porte et Amy alla ouvrir en se demandant qui pouvait bien les visiter un samedi matin. Sur le porche, elle trouva Marco Constantino et Frank Green, avec l’arbre que la classe avait offert à Terra pour son anniversaire. Elle leur demanda d’aller le porter dans la cour pendant qu’elle prévenait Terra de leur arrivée. Même si ses genoux étaient particulièrement douloureux ce matin-là, le professeur se traîna jusqu’à la porte-fenêtre pour voir ce que faisaient ses étudiants.

— Il serait préférable que tu les regardes le planter d’ici, suggéra Amy, inquiète de le voir trembler sur ses jambes.

— Mais c’est mon arbre, geignit-il comme un enfant qu’on essaie de priver de dessert.

Il ouvrit la porte et marcha prudemment jusqu’aux deux garçons.

— La grand-mère de Fred est Amérindienne, lui apprit Frank en le voyant approcher. Selon elle, si nous plantons votre arbre aujourd’hui, il poussera plus rapidement. C’est à cause de la lune ou quelque chose du genre.

— Où est Fred ? s’inquiéta Terra.

— Il a joué de la guitare toute la nuit, alors nous n’avons pas été capables de le réveiller, expliqua Marco.

Ce dernier alla chercher les pelles qu’il avait laissées dans le camion de son père. Amy arriva avec une veste chaude qu’elle fit passer de force à son futur époux. Elle voulut aussi lui apporter une chaise, mais il refusa. Amy obtempéra devant son air déterminé.

Terra s’informa si la grand-mère de Fred leur avait aussi suggéré un endroit précis pour planter le petit arbre. Il n’avait pas terminé sa phrase qu’un rayon de soleil perçait les nuages et illuminait le bout du terrain.

— Je pense qu’on vient de vous donner votre réponse, s’émerveilla son élève un peu trop pieux.

— Ce n’est qu’une coïncidence, riposta Terra. Je t’en prie, ne recommence pas.

Mais Frank était convaincu que son professeur n’était pas mortel. Rien ne le ferait changer d’idée. Il transporta l’arbre à l’endroit où le soleil avait frappé le sol et Marco l’y rejoignit avec les pelles. Ils se mirent à creuser sous le regard intéressé de Terra.

— Au fond, c’est un bel arbre, quand il ne t’attaque pas, remarqua Amy.

— Il ne m’a pas agressé, en janvier, répliqua Terra. Il m’a seulement donné de l’énergie.

— C’est ce que vous croyez ? lança Frank tout en pelletant la terre.

Terra perçut l’incrédulité de son élève.

— Les arbres me soulagent quand mes jambes me font très mal, insista-t-il.

— Je les ai vus vous toucher la main juste parce qu’ils en avaient envie.

— Ils ne font que me donner de l’énergie et c’est la vérité.

— Êtes-vous la seule personne à qui ils font ça ? demanda innocemment Marco, qui ne comprenait pas que l’homme et l’adolescent s’affrontaient.

— Je n’en sais rien.

— Nous aimerions que vous n’en parliez pas, les supplia Amy. Terra désire vivre une vie normale et éviter de devenir la cible des médias.

— Mais comment pourriez-vous vivre une vie normale ? s’étonna Frank.

— Je ne suis pas le Fils de Dieu ! tonna Terra. C’est de l’étiquetage et j’en ai assez !

Frank déposa la pelle et laissa Marco mettre lui-même l’arbre en terre. L’élève obstiné s’approcha de son professeur sans aucune appréhension.

— Vos jambes n’ont rien à voir avec votre aptitude à attirer les arbres ou les humains, monsieur Wilder. Ils réagissent à une force invisible.

— Tu ne sais pas de quoi tu parles…

— J’ai fait des recherches sur Internet et j’ai trouvé le numéro de téléphone d’un certain docteur Michael Reiner au Texas.

— De quel droit…, s’étrangla Terra.

— Je voulais seulement savoir ce qu’ils ont mis dans vos jambes. Il m’a affirmé qu’il n’y a rien dans tout votre corps qui puisse exercer ce genre de magnétisme. Les os de vos jambes sont en plastique et ils sont recouverts de petits transistors, qui avaient pour fonction de stimuler la croissance de vos nerfs. Mais leurs piles sont mortes avant même que vous quittiez Houston, alors ils ne sont certainement pas responsables du comportement des arbres.

Terra tourna brusquement les talons avant d’étouffer Frank.

— Le prophète Jésus ignorait lui aussi qu’il avait une importante mission à accomplir sur la Terre ! lui cria Frank. Il ne l’a découvert que dans les dernières années de sa vie !

Terra entra dans la maison. Il se rendit au salon en s’appuyant contre le mur. Enfin, il se laissa tomber sur le sofa et ferma les yeux un moment en essayant d’oublier la douleur cuisante qui lui traversait les jambes comme un courant électrique. Il s’empara du téléphone. Amy lui frictionna les épaules en lui recommandant de ne pas se mettre en colère. Il fit la sourde oreille. Pendant qu’il attendait qu’on le mette en communication avec le psychiatre, il prit de profondes inspirations.

— Terra, quelle belle surprise ! fit la voix enjouée du docteur Reiner.

— Michael, est-ce toi qui a divulgué de l’information sur ma condition physique à un de mes étudiants ? se fâcha Terra.

— Il m’a dit qu’il faisait une recherche sur les membres artificiels. Tu n’es pas un projet top secret, à ce que je sache. S’est-il servi de cette information pour te nuire ?

— Non et ce n’est pas ça qui me hérisse. Toutes ces années, quand on me traitait à l’hôpital, personne n’a jamais voulu me dire ce que contenaient mes jambes. Mais toi, tu transmets cette information au premier étudiant qui te le demande !

— Tu n’étais pas en état d’entendre ces détails, se disculpa le psychiatre d’une voix calme et douce. Essaie de te rappeler comment tu traitais tous tes médecins…

Terra garda un silence coupable : il avait en effet été plutôt désagréable avec ceux qui s’occupaient de lui.

— J’ai aussi reçu un message du docteur Penny, qui désire obtenir des détails sur tes jambes. Devrais-je refuser de les lui fournir ?

— Donald Penny est mon médecin à Little Rock. Tu peux lui envoyer tout ce dont il a besoin, mais je ne veux plus que d’autres personnes aient accès à mon dossier médical.

Michael Reiner le lui promit et Terra s’excusa d’avoir été aussi dur avec lui. Le psychiatre l’assura que sa réaction était tout à fait normale. D’ailleurs, il était content que cet incident se soit produit, puisqu’il les avait remis en contact tous les deux. Terra s’engagea à lui donner des nouvelles plus régulièrement. Après avoir raccroché, il s’allongea sur le ventre.

— J’aimerais pouvoir convaincre Frank que je ne suis pas le Fils de Dieu, soupira-t-il avec découragement.

— Demande à Sarah de t’aider, suggéra Amy.

— Il pense qu’elle est la Vierge Marie, rétorqua Terra en se cachant le visage dans un coussin.

— Alors utilise ses croyances à ton avantage.

Elle lui donna un calmant, puis retourna dans la cuisine. Les garçons étaient partis. « C’est sans doute mieux ainsi », pensa-t-elle.

Dans l’après-midi, Terra appela Donald et lui demanda de revoir les radiographies de ses jambes. Le médecin vint le chercher une heure plus tard et l’emmena à l’hôpital. Il le fit asseoir devant un mur illuminé, où il afficha tous ses rayons x. Il lui indiqua les petits transistors fixés à ses os de plastique et lui expliqua qu’ils avaient eu pour tâche de motiver la croissance de ses nerfs. Terra voulut savoir s’ils pouvaient être responsables de la douleur qu’il ressentait dans ses genoux.

— Puisqu’ils transmettaient des impulsions nerveuses à ton cerveau, je ne crois pas qu’ils étaient très confortables. Mais tes médecins du Texas affirment qu’ils ne sont plus actifs.

— Est-ce que la croissance de mes nerfs se serait quand même produite sans eux ?

— On m’a enseigné que les nerfs se forment autour des muscles et des vaisseaux sanguins du corps humain, pas autour d’un amas de substance synthétique. Alors, tes médecins ont certainement dû les persuader de croître dans des conditions artificielles. Tu devais être un homme très important pour qu’ils se donnent tout ce mal. Mais je suis surpris qu’ils t’aient ensuite laissé quitter Houston.

— Le docteur Reiner m’a envoyé au Canada pour stabiliser mes émotions. Il disait que je n’y arriverais pas si je restais au Texas. Je pense qu’il avait raison.

— Ton dossier médical ne mentionne pas non plus pourquoi tu es le seul homme au monde à avoir bénéficié de cette procédure inhabituelle. C’est plutôt curieux.

— Ils ont décidé de me garder en vie parce que mon cerveau était intact. Je ne sais pas pourquoi ils ont insisté pour refaire mes jambes et me réapprendre à marcher.

— C’est donc ton cerveau qui les intéresse, conclut Donald. Ont-ils l’intention de t’obliger à retourner là-bas pour poursuivre ton travail ?

— Ils pourraient sans doute me rappeler qu’ils ont dépensé des millions de dollars pour moi et solliciter ma reconnaissance.

— Il n’y a pas de doute, tu es une merveille de la technologie.

— Je ne me sens pas très merveilleux après une séance de thérapie, en tout cas.

— J’ai l’intention d’élucider ce mystère, Terra. As-tu d’autres questions au sujet de ton dossier ?

— Oui. Y a-t-il dans mes jambes une substance susceptible d’attirer les arbres ?

Donald avoua ne pas très bien comprendre sa question. Terra l’emmena donc dehors pour lui faire une démonstration. Après tout, si Donald voulait vraiment devenir son ami, il lui faudrait tôt ou tard apprendre la vérité. Terra s’approcha d’un saule.

— Je veux savoir pourquoi ils agissent ainsi.

Il tendit la main vers le ciel et une des branches se replia pour venir effleurer doucement sa paume. Donald écarquilla les yeux.

— Et quand j’ai besoin d’énergie, ils font ceci.

Terra s’approcha davantage et entoura le tronc de ses bras. Les branches basses se replièrent sur lui, l’emprisonnant à l’intérieur d’une cage de feuilles.

— Terra ! s’écria Donald, effrayé.

Il fit un pas vers lui, mais une intense lumière blanche enveloppa le Hollandais. Le phénomène ne dura que quelques secondes, puis les branches se redressèrent. Terra revint vers son ami, un large sourire sur le visage.

— Les arbres ne sont pas supposés faire ça, même dans la nature, balbutia le médecin, sidéré.

Il promit à Terra de faire des recherches sur Internet. Lorsqu’il voulut le reconduire à la maison, le professeur assura que ce n’était pas nécessaire : Amy serait là dans quelques minutes. Donald regagna donc l’hôpital. « Il est normal qu’il soit bouleversé après avoir assisté à cet étrange phénomène », songea Terra. Lui-même l’avait d’abord été. Ce médecin avait un esprit scientifique, comme lui. S’il y avait une explication à ce comportement inusité des arbres, il la trouverait. Sarah se matérialisa alors près de lui.

— Tu ne lui as pas parlé de moi, nota-t-elle.

— Je pense que cette démonstration lui a fait suffisamment peur.

— Pourquoi te faut-il toujours une explication rationnelle de ce que tu observes ?

— Ne me dis pas que les arbres ressentent mon énergie de guérison, parce que je ne suis pas le seul guérisseur sur cette planète. Ils ne les prennent pas tous dans leurs bras.

— Et si c’était un cadeau que Dieu n’a fait qu’à toi ?

Il dévisagea Sarah pendant un moment. Avant qu’il puisse ajouter quoi que ce soit, elle déclara qu’il n’aurait plus d’ennuis avec Frank Green et disparut.

Dans la forêt derrière l’école, l’adolescent dévot déposait des jonquilles au pied du chêne où il avait vu disparaître Terra l’automne précédent. Sarah choisit ce moment pour sortir du tronc, tel un esprit sylvestre. Elle avait troqué sa robe de soirée contre une tunique de voiles pastel et irradiait une douce lumière dorée. Ébranlé, Frank se jeta à genoux et joignit les mains.

— Vous êtes sa mère, n’est-ce pas ? murmura-t-il.

— Non, Frank. Je suis un ange, tout comme lui.

— Monsieur Wilder n’est pas le Fils de Dieu ?

— Il est un messager dépêché sur la Terre pour s’occuper d’un groupe d’âmes. En proclamant qu’il est Jésus, tu mets sa mission en péril, car d’autres âmes risquent de s’immiscer dans sa vie lors de son court séjour ici. Elles pourraient l’empêcher de sauver celles qui lui ont été assignées.

— Mais comment puis-je l’aider, alors ?

— Il te suffit seulement d’être là quand il a besoin de toi.

— Il ne viendra pas vers moi, parce qu’il est très fâché en ce moment.

— Un ange n’est jamais fâché, Frank. Tu auras l’occasion de t’en rendre compte par toi-même.

Elle se pencha et l’embrassa doucement sur le front.

— Dieu t’aime beaucoup.

Sarah recula à l’intérieur de l’arbre. Émerveillé, Frank demeura longtemps immobile, à faire rejouer cette scène incroyable dans sa tête.

Qui est Terra Wilder ?
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